Sans parabènes, hypoallergénique, sans alcool… Que cachent réellement ces allégations ?

Comme de plus en plus de français, vous prenez certainement le temps de vérifier la composition d’un produit de beauté. Pour beaucoup, les mentions « Sans parabènes », « Hypoallergénique » ou encore « à base d’ingrédients naturels » suffisent à dicter leur choix. Depuis longtemps, elles per-mettent aussi aux marques de se différencier de la concurrence. Mais, en novembre 2018, l’ARPP -l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité - a émis de nouvelles directives concernant les allégations relatives aux produits cosmétiques.

 

De nouvelles règles en matière d’allégations sur les produits cosmétiques

Avec la 8ème version parue en fin d’année 2018, la recommandation Produits cosmétiques de l’ARPP fait peau neuve. Cette parution fait suite à la publication du Document Technique européen sur les allégations cosmétiques. Désormais, pour pouvoir être utilisées, certaines allégations devront répondre à de nouveaux critères communs. Cette réglementation sera applicable à partir du 1er Juillet 2019.

Les 6 critères communs

La nouvelle version de la recommandation Produits cosmétiques de l’ARPP prévoit 6 critères communs auxquels les professionnels devront se référer pour pouvoir utiliser certaines allégations. Elle vise notamment à recentrer et encadrer l’utilisation des mentions « Hypoallergénique » et « Sans ... » sur les produits cosmétiques. Nous vous proposons un tour d’horizon des nouvelles directives pour mieux comprendre les futurs changements à venir sur les packagings de vos produits cosmétiques.

Conformité avec la législation

Nul ne peut se prévaloir de respecter la loi et, dans notre cas, le Règlement Cosmétique. En effet, ce dernier prévoit une liste de substances interdites dans les produits cosmétiques : Acéglumate de déanol, Benzène, Colbate, Diéthylaminoéthyl… Selon le critère de conformité avec la législation, il est interdit d’utiliser des allégations qui indiquent l’absence d’un ingrédient alors qu’il est interdit par le Règlement Cosmétique. Par exemple, un cosmétique ne peut pas se prévaloir d’être « sans Diéthylaminoéthyl » puisque cet ingrédient figure déjà dans la liste des substances interdites par le Règlement Cosmétique européen.

Véracité

Même s’il peut être étonnant de le rappeler, une allégation ne doit pas être mensongère ! La publicité doit être véridique et ne peut être trompeuse. Mais, la nouvelle réglementation de l’ARPP va même au-delà en intégrant les notions de propriétés et de concentration d’un actif dans la formulation. Admettons qu’une allégation revendique « contenir du beurre de karité hydratant ». Pour que le produit fini soit jugé conforme au Règlement Européen, cet ingrédient doit figurer dans la liste INCI à une concentration suffisamment importante. En effet, ce n’est qu’à cette condition que le produit fini possédera des propriétés réellement hydratantes.

Éléments probants

Pour compléter le critère de véracité, l’ARPP encadre également les allégations attribuant au produit fini les propriétés d’un de ses ingrédients. Ainsi, les mentions « hydratant », « apaisant », « régénérant » ou encore « réduit les rides » sont autant de propriétés cosmétiques que le fabricant doit être en mesure de prouver. A défaut, il n’aura pas le droit de les revendiquer et de les inscrire sur le packaging de ses produits de beauté.

Sincérité

Le critère de sincérité est l’un des critères essentiels visant à protéger le consommateur. En effet, afin d’éviter de l’induire en erreur, le Règlement Européen interdit aux industriels d’exagérer les effets de leurs produits et de promettre plus que ce qu’ils peuvent donner en réalité. En clair : les effets allégués ne peuvent aller au-delà des effets démontrés. D’où l’importance de devoir préalablement prouver les propriétés du produit fini.

Équité

Le 6ème et dernier critère commun de la recommandation Produits cosmétiques s’attarde sur la notion d’équité et de concurrence déloyale. C’est certainement l’un des critères qui va subir les plus importants changements. Ainsi, dès Juillet 2019, les allégations « Sans » seront plus strictement encadrées. Prenons un exemple pour mieux comprendre : pour la formulation de son produit cosmétique, la marque X utilise un parabène autorisé par la réglementation. En revanche, la marque T, con-currente de la marque X, n’utilise pas de parabènes et souhaite inscrite la mention « sans parabènes ». Or, dès Juillet 2019, la marque T ne pourra plus utiliser l’allégation « sans parabènes » car le Règle-ment Européen considère qu’elle dénigre les produits qui en contiennent et donc ceux de la marque X. Aux yeux de la réglementation, il s’agit de concurrence déloyale.

Avec la nouvelle version de la recommandation Produits cosmétiques, certaines allégations risquent donc de disparaître totalement des packagings. Mais, si les mentions « sans parabènes » ou encore « sans conservateur » disparaissent, comment les consommateurs vont-ils faire pour se repérer ?

Composition des produits cosmétiques : de nouvelles façons de se renseigner

Même si ces 6 critères communs visent à renforcer la protection des consommateurs, la disparition de certaines mentions sur les packagings risquent de leur compliquer un peu la tâche. Dorénavant, comment distinguer les marques qui utilisent des parabènes (du phénoxyéthanol, des conservateurs ou toutes autres substances polémiques…) de celles qui n’en utilisent pas ?

Bien entendu, le consommateur aura toujours accès à la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) qui présente les composés contenus dans un cosmétique par ordre décroissant. Rassurez-vous également : bien que certaines mentions « Sans » disparaissent, d’autres resteront autorisées car considérées comme comprises, claires et concises. C’est notamment le cas des allégations « sans alcool », « sans parfum » ou encore « sans dérivé d’origine animale ».
L’utilisation d’applications mobiles qui analysent la composition des cosmétiques est aussi de plus en plus courante. Elle le sera certainement d’autant plus dès Juillet 2019, au moment de l’application de la nouvelle réglementation. Mais attention : les résultats donnés par ces applications ne doivent pas se substituer à un choix éclairé.

Les applications d’analyse de produits cosmétiques : une solution à double tranchant

Comme plus de 8 millions d’utilisateurs, vous utilisez peut-être des applications beauté comme QuelCosmetic, INCI Beauty ou Yuka pour déchiffrer la composition d’un produit cosmétique. Cette dernière analyse l’ensemble des ingrédients présents dans le produit et leur attribue un niveau de risque. Ce type d’application donne ainsi des éléments de réponse sur tous les ingrédients et en particulier sur les ingrédients décriés tels les parabènes, phénoxyéthanol, dioxyde de titane, silicones, aluminium, huiles minérales... Un bémol toutefois sur la rigueur de leur jugement notamment sur les allergènes pour lesquels il convient de garder un esprit critique.
En effet, sur ce point, les applications d’analyse ne font pas dans la dentelle. Dès qu’apparaissent des allergènes en fin de liste, la note globale du produit est automatiquement dégradée. Au final, le résultat n’est absolument pas pertinent puisque les allergènes sont mentionnés en fin de liste des ingrédients INCI justement pour préserver les personnes allergiques. Ainsi, les personnes non allergiques n’ont pas à se soucier.
Les problèmes d’allergie ne proviennent pas seulement des produits chimiques, ils peuvent être occasionnés par des matières naturelles comme par exemple les huiles essentielles à ne pas confondre avec les huiles végétales. Pour rappel, une huile essentielle est le parfum de la plante stocké dans les organes sécréteurs : fleur, feuille, tige, écorce, racine, etc… C’est un ensemble de substances très puissantes car extrêmement concentrées. Utilisées depuis des siècles, les huiles essentielles contiennent des allergènes naturels : linalol, limonène… Ces derniers figurent donc parmi les ingrédients analysés par l’application mobile et dégraderont la note globale du produit.
Mais, en réalité, tout est une question de dosage qui est la spécialité et le métier du formulateur. Rappelons également que le règlement cosmétique encadre le dosage des huiles essentielles en prévoyant des normes et des limites dans les produits rincés et non rincés.

Les applications peuvent donc être un bon outil maintenant que vous avez cet éclairage sur les allergènes dont la liste ne doit être tout de même pas être trop longue. Regardez donc bien la notation des autres ingrédients sans oublier de jeter un œil sur l’éthique et l’histoire de la marque.